Le toutou du Préfet, son chat et son journaliste

Publié le par KLAPP'68

    Chaque fois qu’un nouveau Préfet débarque, Presse et Autorités s’appliquent à déployer intox et manips pour faire croire au bon peuple que son arrivée est une grande et excellente nouvelle. On n’ose certes pas nous annoncer explicitement des lendemains paradisiaques, mais à chaque fois tout est fait pour qu’on l’entende ainsi, tant le portrait du Tuteur nouveau est systématiquement  chargé de qualités, d’expérience, et de compétences multiples. Et si, de plus, la puissance étatique nous envoie un alsacien ou une femme, c’est sûr, la face du département, voire du monde, doit forcément en être changée !


    S’agissant de Michel Fuzeau, qui a pris ses fonctions à Colmar le 23 juillet dernier, la tonalité des clairons d’intronisation fut un peu délicate à trouver. On n’a pas pu nous faire le coup pourtant classique du jeune surdoué qui s’offre un classement flatteur de sortie d’ENA : notre nouveau Préfet n’est en effet qu’un énarque tardif. Il fallait donc trouver autre chose. Il a bien été directeur de cabinet (?) du Ministre de l’agriculture, mais parce que le poste s’est libéré par hasard… Alors ?... Quoi ?...  J’ «aime le terrain» lâche-t-il au journaliste de «l’Alsace »,  - un certain Patrice Barrère - qui reprend fièrement cette confidence politico-agricole dans l’introduction et le titre d’un article paru dans l’édition du 25 juillet et consacré au nouveau Préfet. Lequel est aussi capable, voyez-vous, d’apprendre par cœur le trombinoscope des maires du Haut-Rhin et d’en faire «en quelque sorte, [son] livre de chevet». Il n’a donc pas seulement des pieds pour marcher dans la bouse, il a aussi une tête.Didier.JPG
Bon, mais encore ?... Il a un cœur ! C’est en tout cas ce que s’efforce de suggérer Barrère dans la conclusion de son article :  «Dans ses bagages, il est arrivé avec son chien Blavet – le nom de la rivière où il l’a trouvé – et un chat Rififi, comme l’animal du célèbre détective Nestor Burma de Léo Malet. Un des auteurs préférés du Préfet».

    Qui donc a inspiré cette interview bestiale ? Les chargés de com’ de la préfecture, le Préfet lui-même,  la rédaction  de «l’Alsace», Barrère lui-même, ou les quatre à la fois ? Allez savoir ! On ne sait pas non plus si le journaliste est désormais chargé des sorties du toutou ou de la litière du chat; toujours est-il qu’on le retrouve chez le Préfet fin juillet. Il y trouve matière à un nouvel article avec photo paru en page région de l’édition du 1er août : il interroge cette fois Michel Fuzeau sur la grippe aviaire qui menacerait des basses-cours mosellanes.  Sans la moindre hésitation, le Préfet nous rassure : «Même si l’Alsace est toute proche de la Moselle, je ne perçois pas de menace sérieuse».

    Mais trêve de plaisanterie. Ces manips people consternantes n’ont évidemment rien d’innocent. Médias et pouvoir s’entendent pour imposer l’image d’un représentant de l’Etat qui serait compétent, humain, totalement dévoué à la défense de l’intérêt général.
La réalité, celle de l’exécutant d’une politique parfois ignoble au service d’une minorité, n’est évidemment pas décrite dans les colonnes de la « grande » presse quotidienne alsacienne.
Cette réalité est pourtant facile à découvrir sur la toile :
«Préfet politique, Michel Fuzeau est arrivé dans l’Ain [en 2004], avec, comme cheval de bataille, les reconduites à la frontière effectives d’immigrants irréguliers, condamnés à des mesures d’éloignement de la justice» [commentaire de juillet 2006, date de son départ de l’Ain]
Autre commentaire, datant celui-là de mai 2004, à son arrivée dans l’Ain : «Dans un style bien différent de son prédécesseur, Michel Fuzeau entend bien cependant montrer la continuité de l’action de l’Etat dans l’Ain. Une volonté qui passe par l’application des textes, et en la matière, le nouveau préfet sort ses premiers chiffres pour dénoncer dans le département « une immigration mal maîtrisée». 7% seulement de reconduites aux frontières exécutées suite à des décisions judiciaires en 2003, 14% en 2004, « c’est bien mais nettement insuffisant ». Sur ce sujet, Michel Fuzeau entend faire beaucoup mieux. »
On peut à notre tour et sans hésitation rassurer les lecteurs les plus sensibles de «L’Alsace» : on ne perçoit pas là de menace sérieuse pour Blavet et Rififi.
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