«Journaliste d’un jour»: pigeons, pognon, manipulation

Publié le par KLAPP'68

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   «L’Alsace» du dimanche 23 septembre nous l’a annoncé: c’est lundi matin 24 septembre au matin qu’a démarré l’opération «Journaliste d’un jour». Bien huilées, la machine à décerveler s’est ébranlée, tandis que les rotatives s’apprêtaient à tourner. Mais le vrai sujet, c’est quoi ?...

pigeon-pour-toujours.png   «Les lycéens sont reporters», affirme sans rire le titre de l’article de lancement de l’opération J1J que Jean Louis Vuillequez a signé dans l’édition de «L’Alsace» du dimanche 23 septembre. «Reporters»? Il suffira de leur répéter plusieurs fois pour qu’ils finissent par se convaincre qu’ils en sont. Pour que les pigeons y croient vraiment, on assène : ils «entrent pour une journée dans la peau d’un journaliste» et réalisent «un vrai journal». Les voilà «Journaliste d’un jour», n’en doutez pas. La preuve que c’est sérieux et irréprochable? C’est organisé «en partenariat avec l’Education Nationale, la Région Alsace, des entreprises privées». Le terme «entreprises» est suffisamment bien coté à l’argus de l’idéologie dominante pour servir à valoriser le dispositif. Mais l’auteur de l’article n’ose pas encore mentionner explicitement leur nom. Citer «Macumba», par exemple, - une chaîne de boites de nuit - ferait désordre et commencerait à mettre en une lumière les raisons pour lesquelles les organisateurs s’intéressent à nos chères têtes blondes.

   Naguère, les curés s’étaient octroyés le droit de priver de cours quelques élèves (ils choisissaient plutôt ceux qui étaient en difficulté) pour les contraindre à servir les messes d’enterrement de leur village ou de leur quartier. Ces enfants de chœur étaient parfois récompensés par quelques sous tirés du denier du culte. Héritière de cette belle tradition, «L’Alsace» et le Crédit mutuel ont nettement perfectionné le procédé : ils ont obtenu le droit d’utiliser des centaines de lycéens privés de cours pour faire de la distribution bénévole de pub insérée dans le «journal des J1J. Fini l’ambiance sinistre des obsèques ! C’est dans l’allégresse de «sympathiques concours d’inventivité» et que le «groupe de promotion» est formé aux «campagnes de marketing à travers la ville», nous explique Jean-Louis Vuillequez pour qui tout baigne… dans la gratuité! Plus besoin de denier du culte; la concélébration est «gratuite». «L’Alsace» et le Crédit Mutuel sont si généreux que les «journaux» sont «distribués gratuitement».
   Gra-tui-te-ment! Le clou est enfoncé pour faire oublier que des sommes importantes sont en jeu; combien de jeunes chargés des basses besognes de distribution (souvent des élèves de LEP) ont seulement songé à cet aspect des choses? Et combien de «lycéens reporters» qui se croient chargés de la rédaction vont poser des questions qui fâcheraient leurs employeurs d’un jour? Et quand bien même ils les poseraient, quelle chance ont-ils d’obtenir des réponses claires?...burns-pognon.gif
   Ainsi, oseront-ils demander un chiffrage des pages entières de pub que l’Alsace a consacrées à l’opération J1J pendant les 8 jours qui l’ont précédée? (acheter une page entière de «L’Alsace», ça revient à combien?). Oseront-ils demander un chiffrage du coût du papier et de l’impression des 100 000 exemplaires quotidiens? Oseront-ils demander ce que coûterait la distribution de tout ce papier par des entreprises spécialisées? Oseront-ils demander quel est le coût de la mobilisation des nombreux salariés de «l’Alsace» affectés à cette opération et à sa préparation ?Et surtout oseront-ils demander ce qu’a rapporté la vente des espaces de pub insérés dans les éditions de J1J ? Et, de manière plus générale, à combien est évalué le retour sur investissement global qu’en tirent les entreprises «L’Alsace» et Crédit Mutuel?

  Qu’allez-vous chercher là? suggère Vuillequez. Tout cela relève de la gra-tui-té, pour ne pas dire de la philanthropie des patrons de presse et de banque qui, dans un bel élan de générosité acceptent de faire de gros sacrifices pour parfaire l’éducation de la jeunesse alsacienne...

  Les curés d’antan, qui privaient de cours certains écoliers, le faisaient au moins pour assurer l’organisation d’un rite social incontournable. Aujourd’hui, on peut se permettre de réquisitionner des élèves pour simplement accroître le taux de profit d’une banque et de son entreprise de presse.

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Maude ML 28/09/2007 11:21

Un peu sévère comme jugement... j'avais vu l'affiche sur un arrêt de tramway strasbourgeois, et j'avoue que j'avais trouvé cette idée plutôt pas mal, sans en connaître les ficelles. Je m'étais même dit que j'aurais aimé participer à ça, si j'étais toujours au lycée.Enfin, ça fait réfléchir...

KLAPP'68 28/09/2007 16:33

  Pour faire le Pigeon de la Farce, on touve toujours des victimes consentantes.  Vous admettez que vous même seriez tombée dans le panneau dans la joie et l'allégresse, ce qui montre bien la force de cette grande opération de manipulation mercantile ainsi mise en place.