La P.Q.Régionale n'est pas libre

Publié le par KLAPP'68

    Le texte ci-dessous est ancien, puisque rédigé en février 2006. Il émane d'une section CGT de journalistes (DNA) de Strasbourg et illustre bien l'ardente nécessité de créer des organes locaux de contre-information.
    Qu’on en juge : ce texte, rédigé par des journalistes de la presse régionale, souligne que ladite presse est sous influence ! Elle est en effet de moins en moins libre, car de plus en plus soumise à la loi du profit. S'agissant d'une entreprise de presse, l'obtention du profit maximal passe par le déploiement tous azimuts de la manipulation par la publicité. Les moyens mis en oeuvre pour atteindre cet objectif liberticide pourront surprendre ceux qui croient encore à la fable d’une presse libre et indépendante.
     Nous mettons ce texte en ligne non seulement parce qu'aucun alsacien ne devrait ignorer qui est Lignac (actionnaire majoritaire de l'Est Républicain, propriétaire des DNA), ou ne devrait ignorer que la concurrence entre "l'Alsace" et les "DNA" n'est plus qu'un attrape-nigaud qui cache un partage bien compris du champ publicitaire; on espère aussi que des journalistes scrupuleux (il en reste) et inquiets de la tournure des évènements nous fourniront de nouvelles précisions sur la restructuration de la presse régionale fomentée par les capitalistes du Crédit qui se dit encore « Mutuel ». L’affaire a connu quelques rebondissements depuis la rédaction du texte de février 2006 publié ci-dessous: on a notamment vu un actionnaire minoritaire déposer un recours devant le Conseil d’Etat pour que ce dernier annule l’autorisation de restructuration qu’avait donné Breton, le ministre des finances. Surprenant : le Conseil d’Etat, craignant l’apparition d’un mastodonte qui porterait atteinte au pluralisme et à la liberté d’expression, a donné tort à Breton ! C’est surprenant et inquiétant à la fois : si même le conseil d’Etat voit un danger dans cette restructuration, c’est que le danger est sérieux !...
    Renouvelons notre appel aux journalistes qui détiennent des informations que nous ne détenons pas, sur cette affaire comme sur d’autres, et que leur « patron » demande d’édulcorer ou interdit carrément de publier. Qu’ils nous fournissent ces informations (l’envoi par courrier postal à l’adresse de la MCM ou à un membre de l’équipe du Klapp nous semble le procédé le plus discret), et nous les publierons, après contrôle, et sous nos responsabilité et signature, dans les colonnes du Klapp.
    Nous sommes fauchés et nous ne profiterons jamais des capitaux du Crédit «Mutuel»,  mais il nous reste le bien le plus précieux : la liberté !

Klapp'68



Le pluralisme de l'information et l'emploi sur de mauvais rails

M. Lignac préfère accorder une interview à des journalistes hors de «son groupe» plutôt que de présenter directement le projet de rachat du pôle Rhône Alpes de la Socpresse au Comité d'entreprise de l'Est Républicain. (...)

Pour M. Lignac, l'avenir de la presse écrite régionale doit se construire en supprimant les emplois de journalistes et développer?. les réseaux de correspondants locaux de presse, des non professionnels payés au lance-pierre. Les profits avant tout !

Que devient La Mission d'Informer dont les éditeurs de journaux se prévalent dès qu'ils quémandent auprès du gouvernement les multiples aides et mesures destinés à faciliter leurs plans sociaux ?

Lorsque l'information locale ne sera plus transmise que par des correspondants locaux si possible inféodés aux élus ou notables de chaque ville et village, finis, les reportages, les enquêtes d'investigation. Il restera des pages, de préférence communes au maximum de titres, et déjà pré-formatées ?

En fait, nos patrons veulent simplement habiller un peu la publicité sur un marché monopolistique. Comme disait Lelay de TF1 , «vendre du temps de cerveau disponible?»

Sans doute que cet aspect commercial préoccupera plus les instances de contrôle de la concurrence que le problème de la liberté d'expression et l'absence de pluralisme de l'information garant de la démocratie. Quand on est prêt à donner de l'argent aux journaux pour qu'ils licencient, où est le souci d'informer ?

Quelle est, dans le montage proposé, la stratégie du Crédit Mutuel ?

La reprise en main de «l'industrie de l'information» ? Nourrit-«il» des ambitions de développement dans les nouveaux supports électroniques et audiovisuels en réutilisant tous les contenus et les réseaux des journaux et sociétés dont il aura pris le contrôle dès que la succession de M. Lignac sera posée, ou même bien avant ? Est-ce que le Crédit Mutuel sera le nouveau maître d'oeuvre de la presse régionale, ou engrangera-t-il les plus values à la prochaine opportunité ? Pour qui ? Nous ne croyons pas au mécénat des banques.

Pour les collègues de L'Alsace, ce nouvel épisode dans la concentration de la presse semble être la revanche du «petit» journal encerclé, sur l'ogre lorrain (et bas-rhinois). Sont-ils à l'abri pour autant ?

Pour eux: Le rapprochement annoncé de l'Alsace et des DNA serait en fait le «phagocytage» des DNA par L'Alsace ? Nous avons tous à perdre dans cette nouvelle concentration de la presse régionale. Et pas seulement les journalistes et salariés des différents titres concernés.

Car les «synergies» que les directions veulent imposer ne s'entendent que par la destruction de ce qui existe et non par le développement de l'information en région. Pas le moindre projet de développement éditorial ou rédactionnel n'a été présenté.

Pour l'instant l'Est Républicain/ Crédit Mutuel ne sont pas propriétaires du pôle Rhône Alpes de la Socpresse. Il faudra, sans doute, plusieurs mois pour que les différentes instances se prononcent, dont la direction de la concurrence. Sans doute qu'il y aura aussi d'autres recours y compris du coté des instances européennes si des sociétés se considèrent lésées par le choix ou le montage de l'opération.

A L'Est Républicain : M. Colin est (très) fier d'avoir mené l'opération Rhône Alpes en tandem avec M. Lignac et d''voir court-circuité Philippe Hersant. Lorsqu'il est interrogé sur les équipes rédactionnelles, il répond qu'il envisage d'étoffer les réseaux de correspondants.

Les discussions sur la Gestion prévisionnelle de l'emploi et de l'emploi et des compétences ont débuté dans le quotidien lorrain sans aucune négociation sur la stratégie de l'entreprise. N'a été abordé que le plan de suppression d'emplois. Le projet de la direction : 150 emplois supprimés sur 5 ans dont 50 postes de journalistes. La rotative complétée d'une tour couleur a eu bien du mal à fonctionner correctement ce qui a entraîné d'importants surcoûts. Et elle est inadaptée au passage au format tabloïd. L'investissement Roto semble repoussé à 2011 ou 2012 ..à moins que le nouvel allié ne paye ?

Il nous paraissait important d'échanger le plus rapidement sur les situations des différents journaux. Les menaces de réductions d'emplois sont clairement exprimées.

Le journal de Saône et Loire et le Bien Public (Dijon) sont dirigés par le même PDG François Prétet, frère de Jean-Dominique, PDG de L'Alsace? Leurs zones de diffusion sont distinctes, des pages communes ou des couvertures communes l'un s'occupant par exemple des infos générales, l'autre du sport national ils sont imprimés sur les mêmes rotatives à Châtenoy-le-Royal dans la banlieue de Chalon sur Saône. Ils ont signé un accord droits d'auteur (identique à celui du Progrès et du Dauphiné Libéré) qui permet la réutilisation des articles et photos dans l'ensemble des journaux du groupe.

Le Progrès est le journal qui perd le plus d'argent et dont la restructuration est la priorité des futurs nouveaux propriétaires. La perte de crédibilité du journal Le Progrès sur la ville de Lyon, 20 000 exemplaires diffusés, interpelle tous les journaux sur les risques d'effondrement de la diffusion conséquence de l'absence de politique rédactionnelle cohérente et d'une dégradation de l'information locale amplifiée par le lancement d'un journal gratuit qui cannibalise le contenu rédactionnel des éditions payantes. Des journalistes du Progrès ont été désignés pour Lyon Plus lancé pour contrer les Métro et 20 Minutes. Ce qui n'a pas arrangé la diffusion ni les comptes du Progrès qui a perdu 20 Millions d'euros.

Une Imprimerie «ultra moderne» a été installée à Chassieu et celle de Saint Etienne devrait être abandonnée.

L'abus des accords droits d?auteur: les contenus des éditions du Progrès et du Dauphiné sont identiques, communes sur une partie du département de l'Ain (Pays de Gex).

Le Dauphiné Libéré diffusé sur 9 départements passe au format tabloïd.

Ce n'est pas UNE entreprise mais chaque «activité» est une société distincte.

Les journalistes sont salariés d?une fausse agence de presse, l'impression est une société à part ainsi que l'informatique? Pas de reconnaissance de l'unité économique et sociale dans ce journal. Construction d'une Imprimerie à Veurey et lancement progressif de la nouvelle formule à partir de fin février.

La Liberté de l'Est, laboratoire de Gérard Collin, est le modèle qu'il voudrait imposer au nouveau groupe. Des contenus quasi identiques avec L'Est Républicain sur la plupart des éditions des Vosges. M. Collin a choisi de sacrifier des agences et la diffusion de l'Est Républicain parce qu'il faisait plus de profits en supprimant les emplois et en favorisant La Liberté de l'Est ... Suivez son regard vers La Franche-Comté et les collègues de l'Alsace auront très vite compris d'où vient la première menace?

Quand on entend synergies on a froid dans le dos. Nos inquiétudes concernent tous les secteurs où existent une salutaire concurrence. Quand on est obnubilé par les économies d'échelle, cela n'augure rien de bon ni pour l'information du public ni pour la santé de journaux.

Strasbourg,

le 8 février 2006

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