Ces médias qui nous enfument

Samedi 14 juin 2008 6 14 /06 /2008 11:32

 

Le 19 mai dernier la CGT du site de Peugeot-Sochaux tenait une conférence de presse. C’était plein de chiffres extraits de documents officiels, mais pas ennuyeux pour autant.

A partir des données fournies par les syndicalistes, des journalistes qui auraient encore la possibilité de faire leur boulot (en reste-t-il ?) auraient pu faire découvrir à leurs lecteurs les montants en salaires, retraites, jetons de présence et autres stock-options que s’offrent les dirigeants de PSA.

Mieux : un journaliste alsacien, soucieux de l’intérêt de ses lecteurs aurait pu souligner que quelques dizaines de millions ont été « gagnés » par le groupe PSA et ses dirigeants par le biais d’une baisse de la taxe professionnelle; il auraient pu alerter ainsi nos élus locaux qui ne se seraient rendu compte de rien et qui, distraits, pourraient oublier d’expliquer à leurs électeurs/contribuables pourquoi, et pour qui, ces derniers doivent payer davantage d’impôts.

 

Non, un journaliste de  « l’Alsace » est toujours objectif, voyez-vous. Et s’il rédige un article plein de chiffres, c’est pour « fêter », avec « Mulhouse », « ses Peugeot »  et « célébrer dix millions de voitures nées en Alsace » en invitant les lecteurs à se rendre place de la Réunion à Mulhouse pour visiter une « exposition gratuite » offerte par Peugeot qui, dans son immense bonté, ne vous refuse rien : 37 ans d’exploitation vous donne droit à une « exposition gratuite » !...

 

Mais pour le journaliste de l’Alsace, qui reste objectif, lui, il ne s’agit pas de 37 ans d’exploitation, mais « d’une aventure » qui a commencé le « 17 avril 1971 »…

 

Nous faisons le pari que les lectrices et lecteurs de Klapp n’ont pas le même sens de l’objectivité  que ce journaliste de l’Alsace chargé de la rubrique auto. Et qu’ils apprécieront le texte ci-dessous, rédigé par la CGT du site de Peugeot Sochaux, qui résume bien les chiffres et les données fournis lors de cette conférence de presse du 19 mai :

 

 

Où vont les richesses produites par votre travail à Peugeot SA ?

Au PDG, M. Streiff = 5 796€ par jour !!!

 

 

Vous ne le croyez pas ?

Et pourtant …

Ce chiffre et ceux, tout aussi hallucinants, que vous trouverez ci-dessous sont extraits :

-        du rapport de l’expert-comptable sur les comptes 2007 de PCA (Peugeot Citroën Automobiles), établissements de Sochaux, Mulhouse, Rennes, Poissy, Aulnay, etc…

-        et du document officiel de référence 2007 du groupe PSA (qui comprend PCA, Faurecia, GEFCO et leurs filiales dans le monde) soumis à l’Assemblée des actionnaires du 28 mai.

Ces chiffres sont donc officiels et vérifiables sur le site psa-peugeot-citroen.com rubrique actionnaire chapitre info réglementée AMF.

M. Folz se servait bien …

En 2007, M. Folz a été président du Directoire PSA du 1er janvier au 5 février. Pour ce mois d’activité, il a touché une rémunération du 94 011 € (p. 37 du doc de référence 2007). Il a donc touché 2 611 € par jour, samedis, dimanches et fériés compris. Il a ensuite touché une prime de départ en retraite de 920 901 € (p. 313). PSA lui garantit à vie une retraite égale à la moitié de la moyenne de ses 3 meilleures années soit une garantie d’environ 700 000€ par an. Vous n’avez pas fini de payer pour lui !

… M. Streiff se goinfre !

M. Streiff, PDG à partir du 6 février, a touché en 2007 une rémunération de 1 906 861 € (1,9 million d’euros) (p. 37). La bagatelle de 5 796 € par jour, samedis, dimanches et fériés compris !!!. Par rapport à Folz, l’augmentation est de 122 %. Presque aussi fort que Sarkozy ! Et c’est lui qui, en arrivant, a bloqué nos salaires, les embauches, les budgets. C’est lui qui supprime les emplois au nom des économies à faire sur la masse salariale !!! Au nom des économies, on nous chipote une paire de gants au Ferrage, on ne peut pas avoir de chaussures de sécurité convenables au Montage, et partout, les budgets sont réduits à la portion congrue. Faites ce que je dis, pas ce que je fais ! Je m’empiffre, serrez vous la ceinture !!

Stock-options en primes

En plus des 1,9 million d’euros, M. Streiff s’est attribué 140 000 stock-options (p. 38)

Les stock-options, c’est le droit accordé à quelques dirigeants de disposer d’actions de l’entreprise, à un prix fixé une fois pour toutes. Si la valeur de l’action descend : le dirigeant ne fait pas valoir son droit et cela ne lui coûte rien. Si la valeur de l’action monte : le dirigeant prend les actions auxquelles il a droit et les revend immédiatement au prix fort. Il empoche la différence. C’est donc une loterie où l’on ne paie le billet que lorsqu’il est gagnant !

Exemple : en 2007, M. Saint Geours (PDG de la marque Peugeot, aujourd’hui président de l’UIMM) a «levé» les 21 000 stock-options qui lui avaient été attribuées à 21 € en 1999. Le cours de l’action PSA étant à 45 €, il a encaissé, sur le dos de l’entreprise, une plus-value de 21 000 x (45-21) = 504 000 €

Jetons de présence

Les membres du Conseil de surveillance PSA ont une rémunération fixe et, en plus, une prime de présence de 5 à 10 000 € à chaque fois qu’ils participent à une réunion du Conseil. Thierry Peugeot a ainsi touché en 2007 = 457 000 €. Jean-Philippe, Robert, Bertrand et Roland Peugeot sont aussi bénéficiaires de ces jetons de présence. Une affaire de famille ! Le baron Seillière n’a eu que 27  000 € mais il faut dire qu’il ne peut pas assister aux réunions car il est en même temps patron de l’UNICE (Medef européen), patron de De Wendel, président de la Société lorraine de Produits sidérurgiques, membre des Conseils de surveillance de Veritas, Hermès, Editis, Gras-Savoye, Oranje Nassau … Son inscription au Conseil de surveillance PSA, c’est seulement pour l’argent de poche !

76 millions € à la poubelle

En 2007, M. Streiff a pris 75,8 millions d’euros dans les caisses de l’entreprise pour racheter en bourse 1 250 000 actions PSA et les détruire. Le rachat d’actions est une opération financière qui consiste, pour une entreprise, à racheter ses propres actions à la Bourse, puis à les annuler. La diminution du nombre d’actions a deux conséquences : cela fait monter le cours (la valeur) des actions restantes et cela augmente le dividende par action. Depuis 1999, c’est 2,7 milliards € que MM. Folz et Streiff ont ainsi détruits pour le seul profit des gros actionnaires !

Un silence assourdissant

Les trafics de la Direction PSA avec la caisse noire de l’UIMM (0,5 million contre la grève d’Aulnay), sont camouflés dans l’opacité de la comptabilité. Bien malin qui pourrait les retrouver, d’autant que la Direction refuse obstinément de répondre à toutes les questions CGT sur ce sujet.

D’autres chiffres choquants

Pillage de la Sécu. Peugeot-Citroën Automobiles (non compris Faurecia et GEFCO) a bénéficié en 2007 de 32,9 millions € d’exonérations de cotisations de Sécurité Sociale (dites exonérations «bas salaires»). Moins on est payé, plus la Direction bénéficie d’exonérations et plus la Sécu boit le bouillon !

Qui va payer le paquet fiscal ? La taxe professionnelle payée pour Sochaux, Mulhouse, Poissy, Rennes, Aulnay … est passée de 112 millions € en 2006 à 75 millions en 2007, soit une baisse de 33 %. L’expert-comptable indique que cette baisse d’impôt de 37 millions est le résultat de la «réforme» de la taxe professionnelle. A votre avis, comment les communes concernées vont-elles compenser ce manque à gagner ?

Des propositions scandaleuses

M. Streiff propose à l’assemblée des actionnaires PSA le 28 mai

- de verser 351 millions € de dividendes (+ 11% aux actionnaires)

- de l’autoriser à prendre en 2008 jusqu’à 1,1 milliard d’euros dans les caisses de l’entreprise pour effectuer le rachat de 17 000 000 actions PSA, pour des détruire

- d’attribuer 2 500 000 stock-options aux principaux dirigeants de l’entreprise en plus de leur rémunération « habituelle»

Ces propositions sont totalement scandaleuses. Il est temps de se faire entendre pour une meilleure répartition des richesses que nous produisons, et l’augmentation des salaires de 300 €.

 

CGT du site de Peugeot Sochaux

 mai 2008

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Samedi 7 juin 2008 6 07 /06 /2008 14:20

Les médias bourgeois sont omniprésents dans le quotidien du plus grand nombre, et leur capacité d’anéantissement des luttes sociales n’est plus à démontrer, ni leur attachement au libéralisme le plus basique. Le front de lutte sur la question de l’information est devenu essentiel. Constitué d’initiatives et supports variés et éparpillés, il nous paraît nécessaire de décloisonner et partager nos pratiques et nos idées dans une perspective anti-autoritaire et non dépendante d’organisations politiques.

Plateformes internet, journaux, vidéos documentaires, radio sont autant d’outils permettant de relayer une information indépendante. Cette pratique commune mobilise une grande diversité de savoir-faire techniques, des points de vue théoriques et des ressources pratiques. C’est cette diversité que nous souhaitons voir se rencontrer, se confronter, échanger pour nous enrichir mutuellement et favoriser l’émergence de nouvelles dynamiques afin d’accroître nos capacités d’actions individuelles et collectives.

Les rencontres se dérouleront du 9 au 13 juillet dans différents lieux lyonnais, entre ateliers, tables-rondes et projections.

Elles sont ouvertes à toutes celles et ceux qui au quotidien font vivre la contre-information sur papier, sur le net, en vidéo ou encore à la radio et aux personnes se reconnaissant tout simplement dans cette lutte et qui souhaitent y participer d’une manière ou d’une autre.

Au programme provisoire, entre autres :
 Des ateliers pour sécuriser ton ordinateur et tes échanges numériques, réaliser des sous-titrages de films, faire ton fanzine sans outil informatique, créer, émettre et animer une émission de radio...
 Des discussions autour de la situation des radios associatives face au passage au numérique, de la prévention face aux attaques judiciaires et policières contre les médias libres, des problèmes d’hébergement des sites internet.
 Des échanges sur les diverses manières de collecter et relayer des informations (enquête de terrain, écriture...).
 Mais aussi des projets de rédaction de brochures, de réalisation d’émissions vidéo / audio autour de ces rencontres !

L’organisation de ces journées est hautement participative ! Pour proposer et participer à l’organisation d’autres ateliers ou débats, rendez-vous sur le wiki de préparation des rencontres http://mediaslibres.lautre.net ou par mail.

Si vous avez réalisé des vidéos-films-documentaires, vous êtes fortement encouragé(e)s à les présenter dans le cadre des soirées de projections prévues tout au long des rencontres. Si vous souhaitez mettre en place un atelier, il serait préférable de lister le matériel dont vous aurez besoin ou que vous pourrez mettre disposition. Et n’hésitez pas à poster vos remarques, idées, suggestions !

Cinq jours de folie qui se clôtureront par une grande fête en soutien au journal Outrage et au site Rebellyon.info. Une inscription est recommandée pour qu’on puisse prévoir bouffe, hébergement, etc.

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Lundi 26 mai 2008 1 26 /05 /2008 16:27

 

Le samedi 17 mai 2008, à la Bourse du travail de Paris, s’est tenue la deuxième session des Etats Généraux pour le pluralisme. Les organisateurs se sont accordés sur une déclaration finale résumée ci-dessous.

L’information, c’est notre affaire

Le droit d’informer doit être accessible à tous. Les médias sans but lucratif (et parmi eux les médias associatifs et syndicaux) doivent bénéficier prioritairement des aides publiques, directes et indirectes, bénéficiant paradoxalement, à ce jour, aux médias les plus mercantiles et, de fait, aux publicitaires. La remise en cause des ordonnances de 1944 et 1945 sur la presse sont inacceptables, comme le sont les abandons des tarifs postaux privilégiés et du taux réduit de TVA, ainsi que la perspective d’une libéralisation de la distribution de la presse.

L’information est un bien public. Ce ne doit pas être un bien privé soumis notamment à des censures arbitraires et à de secrets discrétionnaires. La protection des sources doit être garantie par une loi qui ne laisse aucune prise aux interprétations abusives de la police et de la justice. Les secrets commerciaux et bancaires doivent être levés. Les entreprises doivent être accessibles aux journalistes soucieux d’enquêter sur les conditions de travail.

Le droit d’être informé ne devrait excepter aucun domaine. Or, l’information sur les questions et les mobilisations sociales est atrophiée. Le droit d’informer, qui est aussi celui de tous les acteurs de la vie sociale, est confisqué par des responsables de rédaction qui prétendent de surcroît exercer un véritable droit d’ingérence dans l’organisation démocratique des mobilisations. Sans développement d’un réel pluralisme, les contestations que suscitent de tels abus resteront légitimes.

Le service public, c’est notre affaire

Contre la volonté de le dépecer aux bénéfice des télévisions privées et, plus généralement, de la constitution de « médias globaux » essentiellement privés eux aussi, il est urgent de sauver le service public de l’audiovisuel et de le développer. Un financement des chaînes publiques indépendant de la publicité et pérenne suppose, notamment, que la redevance, rendue proportionnelle aux revenus, pour ne pas aggraver la baisse du pouvoir d’achat des plus démunis, soit augmentée. Or, la « réforme » qui se prépare aura notamment comme conséquences un sous financement du sous-financement du secteur public, une centralisation et une rentabilisation lourde de menace sur l’emploi, sur la diversité des programmes et sur le pluralisme de l’information, la constitution d’un secteur public de seconde zone rendu disponible pour de nouvelles privatisations.

Contre les tentatives d’asservir l’information et la culture aux prétendues lois du marché, il est urgent de construire un pôle public et associatif des médias sans but lucratif, véritable service public de l’information et de la culture, garant du pluralisme, riche de sa diversité et respectueux de la multiplicité de ses formes. Dans ce but, la concession des chaînes privées à des groupes dépendants de marchés publics doit cesser. Pour cette raison, entre autres, la déprivatisation de TF1 doit être mise en œuvre. Les dispositions contre les concentrations multimédias doivent être renforcées. Le statut public de l’AFP, aujourd’hui menacée de privatisation, doit être conforté. Les médias du tiers secteur doivent être soutenus, par un fond de soutien mieux doté et étendu aux télévisions associatives. Celles-ci, comme les radios associatives, doivent bénéficier d’un droit d’accès à tous les réseaux de diffusion.

Puisque l’information et le service public sont notre affaire, c’est l’affaire de tous de se mobiliser pour défendre le pluralisme contre les attaques frontales qu’il subit et pour exiger son expansion.
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